Les bulles

Il faut toujours célébrer les moments importants avec des bulles.

Depuis qu’une sage amie m’a appris, je n’ai jamais manqué à mon devoir de sabrer la bouteille en temps de fête. Sauf une fois. La fois où j’ai su que je partais en RDC. Parce que j’étais en plein marathon, oh combien mainstream, de Je-ne-bois-pas-pendant-un-mois-pis-en-février-en-plus-comme-tout-le-monde. J’ai donc bu plus tard, avec les mousquetaires, un cidre mousseux, vestige du Mondial des Cidres que j’avais eu le loisir d’animer trop à jeun. La gorgée fut jouissive. Probablement au-delà de la limite de la décence.

J’en boirai donc souvent d’ici le départ. Non pas pour leur côté chauvin ou élitiste. Mais pour leur côté pétillant et festif. Je crois que je me reconnais un peu beaucoup dans leur effervescence.

Mais les bulles sont aussi celles qui m’éclatent dans le cœur. Sans crier gare. Dans les yeux, sans avertissement. Il faut me voir, au gym, courant sur un tapis roulant, éclater en sanglot, parce que le cœur chavire.  Des bulles qui démarrent leur course folle sous une quelconque couche superficielle de to-do-list pour rejoindre urgemment la surface.

Les coopérant.e.s auxquel.le.s j’ai parlé n’aiment pas l’utilisation du terme « sacrifice » pour se référer à ce qu’on laisse ici en partant ailleurs. Comme j’aimerais avoir cette candeur là ; leur vie doit être si simple. Je suis né dans le sacrifice et je sais me torturer pour un rien. Guantánamo de moi-même.

À 8 ans, lorsqu’on me demandait de choisir une seule barre de chocolat, j’en pleurait. En ne choisissant qu’une seul barre, je sacrifiais les possibles de tout ce que je pourrais être en en choisissant une autre.

J’ai sacrifié ma vie magogoise pour partir étudier à Montréal.

J’ai sacrifié la médecine pour devenir artiste-pédagogue.

J’ai sacrifié tellement de choses pour tellement d’autres.

Et chaque fois que je le faisais en écoutant cette force vive dans mon ventre, ce souffle dans mon coeur -mon instinct- je le faisais pour le mieux.

Mais chaque départ est un deuil. Même si une naissance. Et je n’ai pas de honte à pleurer autant qu’à sourire lorsque je fais un pas.

Ces bulles qui me fracassent, me rappellant tout ce que l’on ne vivra pas ensemble dans les prochains mois, je vais toutes les transformer en larmes.

Même si tu crois que je ne devrais pas.

Même si c’est pour le mieux.

Même si je n’ai pas besoin d’être rassuré.

Même si j’utilise le mot sacrifice qui te frise les oreilles.

Même si tu ne comprends pas.

Même si ça te fais pleurer.

Parce que je ne sais pas comment être autrement que ce je suis aujourd’hui.

Entre autre chose, follement amoureux de toi mes ami.e.s.

Hasta Siempre qu’il disait.

 

 

 

 

 

 

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